GIRODET au Louvre
Le Louvre révèle l'oeuvre érotique et éthérée du peintre préromantique.
'anneau. Métallique, agrémenté d'une perle rouge, il orne l'oreille d'une splendide créature, dont la tête courbée aux cheveux tressés laisse s'épancher de longues boucles brunes. Bouche mi-ouverte, nez grec, le garçon, vêtu d'un seul châle rouge à franges noué aux hanches, se replie sur lui-même. Il enserre de ses bras les pieds d'un linceul blanc, dans une tension émotionnelle extrême.
Préromantisme. L'histoire de l'art n'a pas su forger une catégorie pour ce moment de saccades politiques, de la Révolution au Directoire, de l'Empire à la Restauration. Bourgeois, Girodet, qui peignit de 1789 à 1824, est à la fois le peintre de l'attachement, de la fissure et de l'arrachement au sublime classique ; comme il est l'initiateur d'une conception émotionnelle de la peinture, celle où se love le romantisme. Son énorme célébrité, jusqu'à ses funérailles suivies par 2 000 éplorés, se poursuivit par une éclipse totale, avec deux brèves résurgences, symboliste et surréaliste. Et puis, timidement d'abord, la reconnaissance d'un lien érotique avec les figures de Girodet est allée de pair avec celle de l'androgynie, de l'ambiguïté ou de la pluralité des sexualités.
Sexualités. Dès le début du XIXe siècle, le Sommeil d'Endymion (1793), évacuant du mythe la figuration féminine de Diane pour déployer, sur toute sa largeur, un corps de garçon passif, couché dans un buisson, a fait fantasmer nombre d'amateurs de folles (de Balzac à Barthes, pour le meilleur). Dans son texte fouillé du catalogue «Endymion était-il gay ?» l'historienne d'art Abigail Solomon-Godeau argumente les questions de l'homosexualité, à la fois du personnage peint et de son auteur. Mais ce qui l'intéresse surtout, c'est la transposition du masculin au féminin qu'incarne cette figure avec son anatomie «modelée selon les lois du nu féminin», dotée de rubans dans les cheveux et d'un bras replié derrière la tête.
LIBERATION
